Déjà Molière réprouvait l’usage abusif de Facebook !

De temps en temps, je me rappelle qu’il y a de nombreux livres classiques dans ma bibliothèque.

Et par hasard, réussir à les rapprocher de l’actualité du Web …

A méditer par tous ceux qui ne jurent que par

(…)

Alceste :

Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
Qu’affectent la plupart de vos gens à la mode;
Et je ne hais rien tant, que les contorsions
De tous ces grands faiseurs de protestations,
Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles,
Qui de civilités, avec tous, font combat,
Et traitent du même air, l’honnête homme, et le fat.
Quel avantage a-t-on qu’un homme vous caresse,
Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
Et vous fasse de vous, un éloge éclatant,
Lorsque au premier faquin, il court en faire autant?
Non, non, il n’est point d’âme un peu bien située,
Qui veuille d’une estime, ainsi, prostituée;
Et la plus glorieuse a des régals peu chers,
Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers:
Sur quelque préférence, une estime se fonde,
Et c’est n’estimer rien, qu’estimer tout le monde.
Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps,
60 Morbleu, vous n’êtes pas pour être de mes gens;
Je refuse d’un coeur la vaste complaisance,
Qui ne fait de mérite aucune différence:
Je veux qu’on me distingue, et pour le trancher net,
L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait.

Qu’affectent la plupart de vos gens à la mode;

Et je ne hais rien tant, que les contorsions
De tous ces grands faiseurs de protestations,
Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles,
Qui de civilités, avec tous, font combat,
Et traitent du même air, l’honnête homme, et le fat.
Quel avantage a-t-on qu’un homme vous caresse,
Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
Et vous fasse de vous, un éloge éclatant,
Lorsque au premier faquin, il court en faire autant?
Non, non, il n’est point d’âme un peu bien située,
Qui veuille d’une estime, ainsi, prostituée;
Et la plus glorieuse a des régals peu chers,
Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers:
Sur quelque préférence, une estime se fonde,
Et c’est n’estimer rien, qu’estimer tout le monde.
Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps,
Morbleu, vous n’êtes pas pour être de mes gens;
Je refuse d’un coeur la vaste complaisance,
Qui ne fait de mérite aucune différence:
Je veux qu’on me distingue, et pour le trancher net,
L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait.

Philinte :
Mais quand on est du monde, il faut bien que l’on rende
Quelques dehors civils, que l’usage demande.

Alceste :
Non, vous dis-je, on devrait châtier, sans pitié,
Ce commerce honteux de semblants d’amitié:
Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre,
Le fond de notre coeur, dans nos discours, se montre;
Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
Ne se masquent jamais, sous de vains compliments.

(…)

Le misanthrope, Molière, 1666

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2 thoughts on “Déjà Molière réprouvait l’usage abusif de Facebook !

  1. Jolie trouvaille …. c’est vrai que lorsque Molière dénonce ici l’aveuglement du Misanthrope quant à l’amour de soi et l’amour des autres, on est en plein dans Facebook : la possibilité d’exalter son ego et l’impression d’être aimé par un réseau artificiel d' »amis ».

  2. Bonjour

    Bravo pour le titre – après un petit tour sur votre site – il vient de me péter à la gueule.

    Molière – Facebook – Ou est le rapport ?
    Et bien l’âme humaine reste la même – même après quelques siècles. Rassurant ou inquiétant.
    C’est pas grave car nous avons Facebook ????

    Merci en tous cas – j’ai relu avec plaisir Molière.

    Frédéric

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